Il est impossible de parler d’escalade en Ariège sans commencer par l’origine des voies. Les équipeurs jouent un rôle fondamental. Merci à tous ceux qui ont œuvré pour qu’aujourd’hui nous puissions tous en profiter et en parler dans cet article.

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Vincent Hebinger l’un des equipeurs du Balcon des Seigneurs Ivan Olivier Photographie / ADT 09

L’Ariège, une destination escalade proche de la nature

L’Ariège, connue dans le milieu de l’escalade sans être une star, loin des tumultes des grandes villes et des falaises à la mode, incarne, comme on le verra par la suite, une autre vision de l’escalade au plus proche de la nature.

Considérée comme une simple extension de l’alpinisme, l’escalade est devenue, en peu de temps, un sport à part entière. Elle se teinte au passage d’un esprit rebelle, écologiste, parfois un brin mystique. Est ce que cette philosophie a changé depuis en Ariège ?

LEs années 60 : début de l’escalade Ariège

Si l’on veut donner un point de départ à l’escalade libre, en Ariège, il faut remonter aux années 60. A cette époque, seules cinq voies existent: La «Darcourt Grenier», la «Cheminée Rouge» au Quié de Sinsat, la «Fantillou» sur la paroi principale du Sédour, la «Voie des frères Ravier» à Orlu et la «Voie Audoubert» au Mont Valier. Si vous êtes curieux et audacieux, sachez qu’il reste des vestiges dans quelques voies.

Les Falaises du Quié de Sinsat ©Ivan Olivier Photographie ADT

En 1978, les premières grandes voies et courses d’arêtes sont équipées. Christian Roujas, Jean-Claude Costeseque, Bruno Colla, Thierry Pouxviel, Jean-Pierre Barrokas, Philippe Guillard et Didier Raboutou commencent les prospections. Un homme charismatique mais qui dévoile tous ses secrets si l’on accepte de prendre le temps de parler avec lui, arrive sur le devant de la scène : Gérard Jalbert. Ses premiers pitons sont fabriqués dans les tuyaux de chauffage central.

Gérard Jalbert à l’équipement
Gérard Jalbert à l’équipement ©Collection Gérard Jalbert

La légende dit qu’il serait sans doute le premier grimpeur de France à avoir construit un mur d’escalade artificiel dans son jardin en 81 et le seul à avoir utilisé ses lacets pour dés-escalader un pas lors d’un solo dans «Redox».

Gerard Jalbert, équipeur infatigable
Gerard Jalbert, équipeur infatigable©Ivan Olivier Photographie ADT 09

Les années 80-90 voient la création de quelques voies sur des falaises qui deviendront plus tard des lieux incontournables. 1983 marque l’ouverture de «Protéine Elas-tique», voie mythique au Quié de Sinsat par Bruno Colla, Gérard Jalbert, Bruno Le-comte, Pascal Rouby et François Pellet. Pour les grimpeurs Ariégeois, cette voie marque le véritable début de l’équipement. Il se dit alors que le Quié de Sinsat, moyennant un équipement important, pourrait accueillir un intérêt comparable à la Sainte-Victoire, voire au Verdon, falaises de légende aujourd’hui ! Le premier secteur voit le jour à la «Grande Dalle» et les années suivantes on observe la création de grandes voies comme «L’Eperon Sud Ouest», «La Pascal», «Panorama TGV», «Telegraph Road» ou en-core «Anaîs» et la première voie au Pic de la Madelon «La voie des Souvenirs» et au Pic de Bassiès «Eperon Bach».

Au fil des années, une activité incontournable se dessine

Plus les années passent, plus se dessine une activité formidable. Gérard Jalbert aidé de copains, équipe massivement les falaises d’Auzat et Roquefixade. Un premier topo d’escalade paraît pour la falaise de Roquefixade. A l’époque, seulement dix exemplaires sont distribués. Dans le Couserans, la falaise du Ker de Massat commence à être équipée par Olivier Rougeant en 1985 qui trace aussi les premières lignes au Port de l’Hers dans le futur secteur «Bonzaî». Les clubs d’escalade se forment, le Groupe Ariégeois des Grimpeurs de Pamiers sous la houlette de Jean-Paul Colossetti co-fondateur du Comité Départemental du CAF, El Grimpayres de Saint Girons, l’Amicale Montagnards Axéens et le Club Alpin de Foix.

L’année 1985 marque un virage décisif avec l’arrivée de Gérard Pouliquen. Installé en Ariège pour la construction de la future N20, il s’intéresse particulièrement à l’équipement. Il se forme grâce à Stéphane premier Brevet d’État escalade en Ariège et équipeur de nombreuses falaises autour de Tarascon.

Escalade en Ariège
Gérard Pouliquen, la montagne depuis toujours © Ivan Olivier Photographie ADT 09

Véritable connaisseur des instances politiques, montagnard aguerri et ingénieur de métier, il se lance dans la création d’un dossier pour récolter des fonds avec l’idée de remplacer l’équipement vétuste. Une subvention va être accordée par la Direction des Sports de l’Ariège et chaque club va recevoir un perforateur, des cordes, des plaquettes et des goujons. Une première reconnaissance de l’Escalade en Ariège !

Dans le Couserans, l’équipement continue aussi avec des sites comme Remil-lassé ou Montégut grâce des équipeurs comme Alain Roques, Jacques Larroque, Jean-Paul Pujol, Pascal Darrieu, Paul Noiran. Le topo «Lézardons dans le Couserans» sort en 1990. Du côté de Massat, la falaise du Ker est équipée dès 1988 par le club local. Dans un même temps de nouvelles voies apparaissent sous l’impulsion de Jean-Pierre Larvol au Port de l’Hers.

Alain Milhau les rejoindra pour équiper les grandes voies puis quelques années plus tard, la falaise de montagne par excellence : Turguilla. En Haute-Ariège, c’est Pascal Dengerma qui, ayant découvert l’équipement sur la falaise d’Auzat, équipe les premières falaises.

 La falaise de Turguilla, escalade en montagne
La falaise de Turguilla, escalade en montagne ©Ivan Olivier Photographie ADT 09

En 1989, est écrit le premier « Guide des Sites Naturels d’Escalade de France » réalisé par Daniel Taupin pour le compte de la FFME et du CO.SI.ROC. A cette époque, 23 falaises sont déjà répertoriées aux quatre coins de l’Ariège.

Les falaises du Port de Lers
Les falaises du Port de l’Hers, paradis des sports outdoors © Ivan Olivier Photographie ADT 09

Sous l’impulsion d’un homme, Eric Triay, l’équipement et l’escalade ont bien évolué. Il a trouvé en Ariège la « Liberté de pouvoir équiper où il voulait, sur des falaises incroyables!». Basé dans la vallée du Vicdessos avec son frère et son neveu Laurent Triay, il va commencer à défricher Baychon puis Sibada.

Canibike
Eric Triay et son autre passion depuis toujours le CaniBike © Ivan Olivier Photographie ADT

On commence à murmurer la cotation du 8 en Ariège au moment même où les techniques de scellement sont apprises. En 1994, Gérard Pouliquen et Jean-Denis Achard (qui écrira le premier topo d’escalade en Ariège et les suivants !) vont découvrir les falaises de Bedeilhac et commencent un travail d’équipement, aidés par les grimpeurs locaux.

Des amitiés nouvelles aux évolutions d’équipements de voies

Des amitiés naissent, se soudent qui vont permettre l’équipement d’une falaise aux mouvements futuristes mais aussi changer la donne sur le fait de tailler des prises. La conque de Génat vient d’être découverte par Patrick Lopez.

Eric Triay, son frère et son neveu sont missionnés pour ouvrir ce porche futuriste. L’équipement en dévers est une première en Ariège. Laurent Triay, visionnaire, pose la première corde et équipe «Guerre des Mondes» en 1996.

Philippe Girard, fort grimpeur et équipeur, fraîchement installé en Ariège observe que les locaux n’hésitent pas à « arranger » les voies comme partout en France durant cette période 80-90. Philippe observe les possibilités des voies naturelles et leur explique que l’homogénéité d’une voie n’est pas le point essentiel d’une belle voie. Son caractère naturel, en revanche, est essentiel.

La réflexion sur la taille des prises prend toute son importance cette même année. Un jour Eric Triay appelle Philippe Girard et lui dit «si tu ne viens pas essayer la nouvelle voie à Génat, je l’arrange!».

Philippe est venu le lendemain, c’était un 8a+ et c’est passé. Les équipeurs de l’époque ont vu le potentiel des voies naturelles et ont eu l’intelligence de se remettre en question et de voir autrement l’ouverture.

A partir de 1995, la falaise de Prat Bonrepaux est équipée grâce à Rodolphe Leduy. En Pays d’Olmes c’est Christophe Baudry qui défriche de nouvelles falaises. La Dent d’Orlu ne va pas tarder à devenir la falaise des « 1000m d’escalade ». Les frères Ravier, Jean Claude Costeseque, Thierry Pouxviel, Gérard Jalbert et son fils ont déjà planté les premiers clous dans la Dent. «Le Lézard», «Assurance tout spit» «Fraise Preboist» pour ne citer qu’en exemple ces voies.

En 1999, Gérard Pouliquen et Jean-Denis Achard découvrent le potentiel et ouvrent les «Enfants de la Dalle», voie majeure depuis sa création car, outre le fait qu’elle soit l’une des plus longue, elle chemine près d’une voie historique ouverte après Guerre, « La Ramonatxo ».

Jusqu’en 2005, Gérard Pouliquen et Thierry Pouxviel, accompagnés de copains, vont ouvrir et rééquiper de nombreux itinéraires sur la Dent d’Orlu qui deviendront des classiques des Pyrénées et qui contribueront de la renommée de l’Ariège. Tout comme le Quié de Sinsat et le Quié d’Urs qui verront l’ouverture de nouvelles voies lors d’une seconde génération d’équi-peurs.

La dent d'orlu
La Dent d’Orlu, majestueuse depuis le sommet du Tarbesou © Ivan Olivier Photographie ADT 09

Apparition de l’escalade de bloc

L’escalade de bloc fait son apparition dès 1996 sous l’impulsion de Guillaume Tourrent Pascal Matose, Eldrige St-Jacques, Maël Loizance, Philippe David, Philippe Gi-ard et Vincent Hebinger. Les blocs d’Orlu et de Laramade sont nettoyés. Rapidement les ouvreurs découvrent le potentiel qu’il peut y avoir sur ces deux sites. 2001, 2002 et 2003 seront les années de consécration pour Laramade et Orlu avec l’organisation de compétitions incroyables et Internationales. Dany Andrada, Philippe Gondoux, Tony Lamiche et François Lombard, Liv Sansoz (3 fois championne du monde d’escalade, 1996, 1998 et 2000) faisant même le déplacement pour l’occasion !

Blocs Lamarade
Le site de blocs de Laramade © Ivan Olivier Photographie ADT 09

Les années 2000

Les années 2000 seront la grande époque d’avancées novatrices en Ariège! Eric Triay et les deux Gérard en tête, aidés de beaucoup de grimpeuses et grimpeurs, vont équiper plus de 65 sites d’escalade.


Aujourd’hui l’Ariège est le département des Pyrénées le plus fourni en nombre de voies équipées.

2002 marque la consécration du haut niveau de l’escalade dans la grotte de Sabart tout comme les souvenirs de fêtes endiablées et bien-sûr le mariage de Momo, grimpeur iconique du département ! L’équipement se poursuit et les collectivités se rendent compte du levier positif que peut être l’escalade sur un territoire.

Équipement dans la grotte de Sabart ©Collection Gérard Jalbert

Les collectivités prennent conscience du potentiel énorme de l’Ariège

Des États Généraux se tiennent en 2003 et rassemblent l’Association des Natura-listes d’Ariège, le Conseil Départemental des Espaces Naturels d’Ariège et le Centre Permanent d’Initiatives pour l’Environnement de l’Ariège ainsi que tous les acteurs concernés par le développement de l’activité. Une étude sur la Biodiversité et l’Escalade est me-née pour interroger sur la place qu’occupe l’escalade au sein d’un territoire, ainsi que sur la prospective pour ses pratiques dans le cadre du développement local et durable. Une première en France !

Le Club Alpin Français des Montagnards Ariégeois va « galement réaliser une première d’envergure (qui reste encore unique à ce jour) en rendant accessible tous les topos d’escalade sur le site internet, gratuitement !

Pour l’histoire, Gérard Pouliquen dessinait tous les topos à la main, les photocopiait puis les distribuait gratuitement. C’est grâce à Colette Portet, gestionnaire du CAF et férue d’informatique, que les topos furent importés sur le site du CAFMA. Depuis 2004, les topos sont ainsi accessibles à tous.

Un emploi dédié à l’escalade en Ariège : une première en France

2008 voit l’arrivée d’une démarche unique en Ariège ! Un emploi va se créer spécifiquement lié à l’entretien des falaises. Eric Triay, pour la reconnaissance de son travail bénévole, va être employé a ce poste. Grâce à une collaboration entre la Communauté de Communes du Pays d’Olmes et des Vallées d’Ax ainsi que le Syndicat Mixte de Tarascon-Vicdessos, le CAF, le Comité Départemental de la FFME et la DDCSPP, le Conseil Général, l’ADT et Pole Emploi, a permis la création d’un emploi qui assure la vérification, l’entretien et la mise à niveau des sites d’escalade entre la Haute-Ariège, le Pays d’Olmes, le Tarasconnais et le Vicdessos.

Une partie des trouvailles d’Eric Triay! ©Collection Eric Triay

En 2019, nous assistons à la création d’Escalade Nature Ariège représentant l’ensemble des équipeurs en falaise. Une nouvelle étude sur l’escalade est menée pour poser un cadre environnemental, social et législatif. A la demande de plusieurs Communautés de Communes, le poste d’Eric Triay se voit reconduit pour une durée indéterminée. Une bonne nouvelle pour l’avenir de l’escalade en Ariège! Les acteurs territoriaux reconnaissent que la valorisation des sites d’escalade avait considérablement dynamisé le territoire.


En conclusion, l’esprit rebelle, écologiste, parfois un brin mystique n’a pas vraiment changé et a plutôt bien fait les choses, l’escalade en Ariège a de belles années devant elle ! Et comme le dit si bien Mathilde Becerra (10 ans en équipe de France Escalade et originaire de Toulouse :

« la nature et ses cadeaux, le monde ne manque pas de merveilles, il manque d’émerveillement »

Mathilde Becerra dans l’un des blocs d’Orlu ©Collection Mathilde Becerra

Ivan - de Gratteron et Chaussons

Auteur

Ivan - de Gratteron et Chaussons

Bercé par le milieu de l’escalade depuis mon plus jeune âge (par une génération oldschool qui aime la dalle…), je partage maintenant à mon tour mes connaissances et mes expériences ! Grimpeur et photographe je suis un grand passionné de montagnes, de l'Ariège, ce territoire si attachant (et rempli de falaises !)

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